Ah ! Quelle Tournée ! - 15

Ah ! Quelle Tournée ! - 15


14 - Une vieille valise déglinguée


Finalement, ce n'est pas notre photo de groupe avec Mickey que je vais envoyer à ma petite soeur. C'est plutôt celle que je tiens en ce moment à la main et qui a été prise à l'improviste de Maximilien et de moi dans le petit train de la mine. Nous sommes tous les deux dans le même wagonnet et nous venons, au terme d'une descente à pic, de franchir à toute allure un ruisseau qui coule au bas de ce raidillon, en envoyant de l'eau de tous les côtés.
Maximilien se cramponne à la barre métallique qui est devant nous en faisant une horrible grimace, tandis que moi, je pointe l'index en avant, l'air martial comme Bonaparte au pont d'Arcole, en ayant l'air d'entonner un chant de victoire.
Rien n'est plus trompeur qu'une photo. J'étais en réalité mort de frousse, et j'étais en train de hurler à Maximilien :
- Regarde, on va tout droit au précipice!
Tandis que lui ne cessait de répéter :
- Calme-toi, calme-toi, Jérôme, tu sais bien qu'il n'y a aucun danger!
A peine sommes-nous sortis de ce train de la mine, un vrai train d'enfer, que la direction nous distribue à tous des photos, et c'est donc celle-là que je vais envoyer chez moi, pour preuve de mon courage.
L'abbé, à côté d'Alban, n'est pas mal non plus.
On dirait John Wayne et James Dean, aussi impassibles l'un que l'autre, chevauchant sans broncher leur monture lancée au grand galop.
Un garçon s'exclame :
- On pourrait la mettre dans le programme! ça changerait un peu de tous les vieux clichés que vous ressortez toujours.
L'abbé éclate de rire :
- Pourquoi pas? Il faudra y penser!
Alban hausse les épaules et ne dit rien.
Dans un tout autre genre, question émotion, la maison des fantômes, ça n'est pas mal non plus.
Un ascenseur mystérieux nous descend dans les sous-sol d'une maison étrange. A peine en sommes nous sortis que, dans une semi-obscurité, un petit train nous entraîne dans une succession de pièces de cauchemar envahies de meubles hideux et poussiéreux, aux murs des tableaux à faire peu, dans tous les coins des toiles d'araignées, et ici et là des couples au corps transparent, diaphane, qui dansent au son d'une musique déchirante qui chavire le coeur.
On est heureux de se retrouver à l'air libre, et l'on rit alors à l'évocation de la frayeur que l'on vient d'avoir.
Notre mini-concert devant le palais de la Belle au bois dormant remporte beaucoup de succès.
Chaque morceau que nous chantons est dans une langue différente, et ça, ça plaît beaucoup.
Du sur mesure pour Disneyland.
Notre prestation sur le bateau à roue marche bien, elle aussi.
Les spectateurs sont massés sur le quai. Nous, à différents étages sur le pont.
A la fin du concert le bateau quitte le quai.
Les spectateurs sortent leurs mouchoirs et nous font au revoir en les agitant dans tous les sens.
Nous leur envoyons des baisers et agitons nos mains, nous aussi.
On se croirait dans un film américain.
Vraiment, une belle journée.
Le soir, retour à la maison mère où nous allons faire escale une nuit avant de repartir en tournée demain matin.

Le car se gare devant le château.
Michel ouvre le compartiment des valises sous le car, et les pose sur le gravier du terre-plein.
Chacun se saisit de son bagage et gagne l'escalier du perron.
Occupé à griffonner un mot à ma soeur pour accompagner la photo que je vais lui envoyer, je suis le dernier à descendre du car.
Michel ronchonne :
- Tu te presses un peu, Jérôme? Je n'ai pas que ça à faire! Il faut que j'aille remiser le car et démonter les bougies. Il y a quelque chose de pas clair dans l'allumage, c'est plus prudent de voir ça ce soir si je ne veux pas qu'on ait des pépins demain sur la route.
Je fais semblant de me précipiter pour rattraper le temps perdu. A ce moment, Michel pousse une exclamation de surprise :
- Tiens, vise celle-là! Je ne l'avais pas remarquée! A qui est-elle?
Je me penche. En effet, il reste une valise, métallique, vieille et un peu bosselée.
Je hausse les épaules :
- Je ne l'ai jamais vu! Faut dire que je ne connais pas toutes les valises! Regarde, y a peut-être un nom dessus!
Michel la fait glisser jusqu'à lui.
Je lis en même temps que lui sur le carton collé avec un scotch sur le couvercle de la valise : Alban Simeoni.
Je murmure :
- Bizarre! Je ne lui connaissais pas cette valise. Donne, Michel, je vais la lui remettre.
Michel grogne :
- Elle est petite, mais elle est lourde! ça doit être des livres. Rien de tel que des livres pour peser un tel poids.
En saisissant la poignée, je m'exclame:
- C'est peut-être des partitions, ça aussi, ça pèse lourd!
Michel remonte sur son siège, referme la portière, met son moteur en marche, embraye, le car s'éloigne.
Je gagne le perron en maugréant, ma propre valise au bout du bras gauche, celle d'Alban au bout du bras droit.
- Réjouis-toi, Jérôme! Tu n'avais pas encore fait de B.A. aujourd'hui. Remercie le ciel de t'en offrir l'occasion ce soir.
A peine ai-je dit cela que la poignée cède et que la valise d'Alban tombe à terre. Je pousse un soupir de dépit et m'apprête à la ramasser quand je m'aperçois que dans la chute, les deux fermoirs de la valise se sont rompus. Pas étonnant, vu le triste état de l'ensemble! Je pose mon propre bagage, mets un genou à terre et entreprends de refermer la valise d'Alban. Le couvercle est béant. Ce n'est pas de l'indiscrétion, mais dans le mouvement que je fais pour refermer la valise, je soulève un instant le couvercle et je ne peux réprimer une exclamation de surprise.
Je rouvre pour mieux voir :
La valise est pleine, bourrées à craquer, de liasses de billets de cinq cents Francs sagement rangés côte à côte.
Je n'avais vu cela que dans des films policiers.
Le voir dans la réalité me donne un violent coup à l'estomac.
Je m'assois sur la valise d'Alban pour me remettre de mes émotions.
J'entends crisser le gravier derrière moi. Je me retourne.
C'est Maximilien qui se met à me houspiller :
- Qu'est -ce que tu fais, Jérôme? L'abbé est furieux! Il m'a chargé de te dire que si tu ne viens pas immédiatement, il n'y aura pas de part de melon pour toi. Ce serait dommage, avoue! Veux-tu que je t'aide!
- Merci, tu es gentil, mais c'est pas la peine! Là, tu vois, j'ai un problème avec la valise d'Alban! Elle vient de tomber, je crois qu'elle est cassée. Dis-lui de venir!
Je vais t'aider à la porter, si tu veux!
Je me mets à crier :
- J'ai dit << Appelle Alban! >> C'est lui qui doit venir, pas un autre! Il y a peut-être des papiers personnels là dedans. Je veux que ce soit lui qui vienne chercher sa valise, est-ce que tu comprends ça?
- Bon, bon! Te mets pas dans des états pareils! C'est pas possible, non! T'en fais pas, je vais le chercher!
Maximilien s'éloigne. Un moment plus tard, j'entends à nouveau crisser le gravier derrière moi. Je me retourne : C'est l'allure déglingandée, Alban qui s'approche. Il s'immobilise près de moi et demande :
- Parait que tu m'as demandé?
Je me lève d'un bond. Le couvercle de la valise métallique s''ouvre comme sous la pression d'un ressort. Je désigne d'un doigt à Alban les piles de billets :
- C'était pour ça! vois toi-même.....

...................à suivre................
# Posté le samedi 02 mai 2009 08:15
Modifié le samedi 02 mai 2009 17:38

Libera - Salva Me at the Crystal Cathedral (fr. Hour of Power)

Libera - Salva Me at the Crystal Cathedral (fr. Hour of Power)
# Posté le samedi 02 mai 2009 08:23

Vienna Boys Choir die fledermaus strauss

vienna boys choir die fledermaus strauss
# Posté le samedi 02 mai 2009 08:22

Elie DUPUIS in 'La Fureur'.

Elie DUPUIS mon petit Canadien du Québec chante et joue du piano, il nous fait une belle performance au show Tv ou il interprète 'La Fureur'
# Posté le samedi 02 mai 2009 08:17

Ah ! Quelle Tournée ! 14 -

Ah ! Quelle Tournée ! 14 -

13 - Enregistrement d'un disque.

Aujourd'hui, on enregistre quelques chants pour un nouveau disque qui va sortir à la rentrée.
Deux berceuses, notre marche créée chez Jacques Martin, Old man river, pour Alban, et Tece voda tece, pour moi peut-être...
En tout cas, je suis content à la pensée qu'il va rester une trace de mon solo. Jusque là j'étais toujours noyé dans le choeur chaque fois qu'on enregistrait.
Frustrant, à la longue, non?
Je ne relève pas la tête pour autant. A la mané, ce serait plutôt mal vu.
Au début, il n'y avait pas de solistes. Et puis un jour, au cours d'une tournée en Amérique l'abbé en a eu l'idée et tout de suite cette formule remporta l'adhésion du public.
Pour autant, afin d'éviter que ses solistes ne se fassent la grosse tâte, jamais, à la fin d'un morceau, l'abbé ne faisait signe au garçon qui venait de se distinguer de venir saluer le public à l'avant-scène, ou à quelques pas devant les autres chanteurs si cela se passait dans une église.
Non, aussitôt son solo fini, le garçon réintégrait modestement le groupe et c'était à tous qu'allaient les applaudissement à la fin du chant.
Malgré ces précautions, la nature humaine est ainsi faite, un soliste, Arthur, fut sensible un jour à l'encens de la gloire. Il était tellement persuadé d'être le point de mire du public, tant ses intervention en soliste étaient bien accueillies, qu'il se conduisit peu à peu comme une vedette.
Il ne se mêlait plus aux jeux de ses petits camarades, prétextant que cela risquait de nuire à la qualité de sa voix, et il laissa un jour échapper cet aveu :
- Il convient que je me ménage. Ne suis-je pas le principal?
Que n'avait-il pas dit là!
Ses camarades, à toute heure du jour, à la sortie du car, avant d'entrer dans une église, dans un théâtre, dans une ambassade ou dans tout autre lieu, lui faisaient la haie et, s'inclinant, lui disaient, déférents et cérémonieux :
- Laissez passer le principal!
Cela ne dura pas huit jours. A la fin, Arthur rendit les armes, reconnut qu'il avait dit une bêtise, et demanda qu'on lui appliquât désormais la règle commune. Les Petits Chanteurs éclatèrent de rire, l'embrassèrent fraternellement et tout rentra dans l'ordre immédiatement.
Donc, pas de vedette. Ni Alban, ni moi, ni personne.
Nous enregistrons Avenue de Montaigne, sur la scène d'un théâtre où se joue une pièce chaque soir.
C'est dans une loggia, au fond de la salle, que se trouve les techniciens et leur impressionnant tableau de bord, avec des clignotants qui s'allument un peu partout, et des quantités de manettes qu'ils manipulent avec une grande concentration, leur casque d'écoute sur la tête.
Quand nous arrivons, l'orchestre est en train de jouer les musiques qui vont nous accompagner sur le disque.
Elles sont vite enregistrées car les musiciens sélectionnés par le maestro, arrangeur de tous nos morceaux, sont les meilleurs sur la place de Paris, et deux prises suffisent à chaque morceau pour que ce soit bon.
Avec nous, ce sera forcément plus laborieux, car il y a plus d'incertitude pour le résultat quand il s'agit de maîtriser et de fondre dans un ensemble harmonieux trente voix qui, si elles sont disciplinées, sont malgré tout moins dociles et maniables qu'un instrument de musique aux mains d'un virtuose.
Lors d'un concert, le spectateur a une oreille moins exigeante car la vue de notre groupe le distrait. Mais à l'audition d'un disque, tout doit être impeccable.
L'orchestre a plié bagage, évacué la scène. Nous prenons place, et l'abbé, un casque sur les oreilles pour écouter chaque musique instrumentale qui vient de s'enregistrer, nous fait attaquer notre premier morceau.
C'est une berceuse antillaise. La femme, qui en a écrit paroles et musique, est assise au premier rang, en face de nous et elle nous sourit d'un air engageant.
C'est parti. L'abbé mime les paroles en nous dirigeant. Nous voilà, le temps d'une chanson, sous les palmiers de la Guadeloupe, et nous berçons avec tendresse le petit noir qui tarde à s'endormir.
Tout en chantant, je nous revois arrivant à Point-à-Pitre la vielle de Noël. Quel accueil plein de gentillesse. Blancs, noirs, créoles, tous si aimables et exubérants! Quelle ambiance décontractée, et quelle veillée de Noël insolite! Toutes les fenêtres de l'église sont ouvertes pour nous ménager un peu de fraîcheur, et les palmes des cocotiers se balancent sous la nuit étoilées!
Nos voix se taisent. L'abbé retire son casque, et un grand sourire épanoui, se tourne vers Moune de Rivel.
Elle se lève, s'approche du soliste, lui indique comment il faut mouiller la finale de tel mot.
Le garçon opine de la tête. Nous recommençons.
Moune de Rivel n'est pas entièrement satisfaite et trouve que le soliste ne rend pas exactement la fluidité du langage créole.
L'abbé haussee les épaules :
- Sans doute, chère amie, mais hélas je crois qu'il ne pourra pas faire mieux. Ne vous inquietez pas, telle quelle je suis sûr que votre berceuse va beaucoup plaire.
L'autre remercie et s'éloigne. Nous passons à une autre berceuse. C'est Maximilien qui chante en soliste :

Chargée de mystère,
Quand la nuit descend,
Tendrement les mères
Bercent leur enfants...

Il y a mille et mille étoiles
Brillant au ciel sans voiles,
Il y a bien plus de diamants
Dans le coeur des mamans...


Les auteurs sont satisfaits dès la première prise.
Nous en refaisons tout de même une autre pour faire plaisir à l'abbé.
Après la séance d'enregistrement nous partons pour Disneyland où nous chantons ce soir devant le château de la Belle au Bois Dormant.
Puis nous irons dormir dans un hôtel de cow-boys et demain re-concert, sur le bateau à roues qui remonte le Mississippi-miniature. Ensuite, ce sera quartier libre, et toutes les attractions nous seront ouvertes.
Ca ne manquera pas, nous serons pris en photo avec Mickey à côté de l'abbé, et cette photo-là, je compte bien l'envoyer à ma petite soeur, ça lui plaira sûrement.

.....................à suivre.............................

# Posté le vendredi 01 mai 2009 08:38