Libera - Salva Me (Spanish)

Cette version appartient au Concert à Leiden (Hollande) en 2007. Il a été publié en concert sur DVD par LIBERA
# Posté le lundi 13 avril 2009 08:05

Ah ! Quelle Tournée ! - 3 -

Ah ! Quelle Tournée ! - 3 -

Je viens d'apercevoir sur la Croisette la vitrine d'un joallier belle et bien éclairée, mais à peu près vide de tout bijou à cette heure de la nuit, et je me souviens tout à coup du film dans lequel on assistait à un hold up dans cette bijouterie.
Y participait Lino Ventura et Alain Delon, et c'était André Falcon qui incarnait le bijoutier victime de ce hold up.
Mes souvenirs sont confus, mais j'entends nettement les coups de feu qui s'échangent.
Et voilà que j'entre moi-même dans l'action.
Je me jette à terre car un des bandits vient de prendre la fuite dans notre direction. Un policier a dégainé son arme, l'a mis en joue et tire.
La tête enfouie dans un massif de fleurs, j'entends la balle qui siffle au dessus de mes cheveux.
Un bandit s'écroule en râlant juste à côté de moi.
Je l'entends murmurer :
- Il m'a eu ! C'est la fin ! Ecoute, fiston...
Il n'a pas le temps d'achever. Sa main se crispe sur le gazon où il s'est affalé, puis s'ouvre comme une fleur et demeure inerte.
Je le secoue pour l'obliger à réagir. Peine perdue ! Il est mort. Un policier s'avance, se penche vers lui, le retourne pour voir son visage.
Stupeur ! C'est Alban !
Je ne peux me retenir de pousser un cri.
Le flic, rengainant son arme, me demande :
- Tu le connais ?
Je me relève et je hausse les épaules :
- Comment voudriez-vous que je le connaisse ? j'étais ici par hasard !
- C'est bon, alors, circule, et vous aussi, les autres gamins, circulez, ce n'est pas un spectacle pour vous !

Un moment après, nous remontons dans notre car pour gagner Juan les Pins où nous allons passer notre seconde nuit.
Comme je m'apprête à m'asseoir à ma place habituelle, près de Maximilien, je pousse machinalement une reconnaissance vers le fond du car, et là, qu'est-ce que je vois : Alban, gisant sur la banquette arrière, étendu sur le dos, une large plaie béante au front.
Je pousse un cri, mais curieusement il s'étrangle dans ma gorge et je me réveille.
Tous mes autres compagnons dorment calmement.
Je me lève sans bruit, saisis ma lampe électrique dans le filet car nous sommes dans la pénombre, avec tous ces rideaux fermés, et je gagne l'arrière du car.
Je braque le rayon de ma torche vers le fond.
Alban est tel que je viens de le voir, affalé sur la banquette arrière. Mais aucune plaie à la tête. Il dort du sommeil du juste.
Un objet jaune dépasse de sa poche de chemise. Je me penche pour mieux voir. C'est un manche d'un
rasoir en plastique, un de ces modèles jetables dont se sert l'abbé.
Un détail me fait sursauter : Alban a coupé ses moustaches.
Je regagne ma place, un peu intrigué. Je pense que ce détail va me relancer dans de nouvelles aventures. Mais non, c'est sur la plage tranquille de Saint-Malo que va se poursuivre le reste de ma nuit.
Entre ma petite soeur et mes petites cousines qui m'interrogent sur ma tournée et à qui je vais répondre invariablement :
- Vous êtes trop curieuses, ce ne sont pas des histoires pour les filles !

3 - Pierre Bellecours, tout le monde descend


Place Bellecour ! Tout le monde descend !
J'étais encore à Saint-Malo. Je m'apprêtais à sauter du grand plongeoir de la plage Bonsecours de la Cité Corsaire pour épater ma soeur et mes cousines groupées en bas, les yeux en l'air, quand Gontran vient me couper mes effets. Il gesticule comme un beau diable dans l'allée centrale, comme s'il voulait que tout le monde soit déjà descendu.
Pas possible, il doit y avoir une de ses fans qui l'attend dehors, une petites Lyonnaise que son contre-ut de l'an dernier a impressionnée. Il y en a, comme ça, je vous jure, qui s'emballent pour pas grand chose !
Mon pauvre Gontran, quand elle va s'apercevoir que ta voix est en pleine mue et que tu te contentes maintenant de vendre le programme, elle va déchanter, c'est sûr !
Je me lève à mon tour. Sans avoir l'air de rien, je jette un coup d'oeil derrière moi vers le fond du car.
Alban s'est aplati contre la portière, le haut du corps à demi- dissimulé derrière son rideau.
L'abbé claque des mains. Il est debout, à côté du chauffeur.
- Votre attention, s'il vous plaît ! Vous cessez de parler et vous m'écoutez ! J'ai dit aussi : Vous me regardez !
- L'abbé, vous l'aviez pas encore dit !
- Bon, maintenant, je l'ai dit ! ça vous va ? Jérôme, ne regarde pas dans toutes les directions comme ça ! C'est ici que ça se passe !
Ca n'a pas raté, l'abbé a bien vu quand je regardais vers l'arrière ! Je rectifie ma position, relève le menton et fixe notre aimé directeur avec un maximum de concentration, comme devait le faire un grognard écoutant les consignes de Napoléon avant la bataille d'Austerlitz !
- Quelques rappels de bon sens avant de descendre et de vous laisser vous éparpiller dans la nature ! C'est ce soir notre quatrième concert de la tournée ! Je compte sur vous pour me faire honneur !
- Comme hiers soir ?
- Les deux premiers soirs, vous avez été lamentables, vous en êtes convenu vous-même, vous chantiez aussi mal que les Petits Chanteurs de ....La charité m'empêche de vous le dire, mais vous devinez de qui je veux parlez....
A l'instant chacun de nous pense à deux ou trois noms et c'est ainsi, en un éclair, que l'annuaire de la fédération se met à défiler dans nos têtes. L'abbé continue :

...................................à suivre................................
# Posté le dimanche 12 avril 2009 11:15

Le doux chagrin Petits Chanteurs de Lambres lez Douai

Le doux chagrin de Gilles Vigneault, interprété en petit choeur par la Maîtrise des Petits Chanteurs de Lambres lez Douai le 4 avril 2009 à Lecelles (59)
# Posté le dimanche 12 avril 2009 11:29

Wiener Sängerknaben - Und wanns amal schen Aper wird

Wiener Sängerknaben - Und wanns amal schen Aper wird
# Posté le dimanche 12 avril 2009 11:25

Ah ! Quelle Tournée ! - 2

Ah ! Quelle Tournée ! - 2

Ce visage ne m'est pas inconnu. Je n'ai pas le temps de réfléchir. Je presse sur la lourde poignée de sécurité. La portière glisse sur ses gonds, s'entrouve, l'homme se hisse à l'intérieur du car, et tandis que je referme derrière lui, il s'affale sur la banquette arrière.
Il est livide, il reste là, prostré, haletant, la bouche entrouverte comme un poisson sur l'herbe d'une berge.
Sans ses moustaches, je serais sur le point de mettre un nom sur ce visage.
Je cherche dans mes souvenirs. Je me penche vers lui :
- Où sommes-nous, ici, exactement ?
Il jette, dans un souffle :
- A Bourges, et j'espère plus pour très longtemps !
Je suis sur le point de retrouver son nom quand j'entends la voix de l'abbé bougonner soudain derrière mon dos:
- Alban, par exemple, qu'est-ce que tu fais là ?
Ces paroles ont un effet magique. C'est comme si ce garçon, qui doit avoir vingt à vingt deux ans, se mettait soudain à rétrécir à vue d'oeil.
Il se tasse sur la banquette arrière, là où il s'est effondré, entre deux cartons de CD et de cassettes. Ses doigts se mettent à fourrager nerveusement dans ses cheveux en désordre. Sa bouche se tord en un affreux
rictus. Il lance à l'abbé un regard de détresse comme un nageur sur le point de se noyer, et il se prend la tête dans les mains en gémissant !
L'abbé m'écarte et se penche vers Alban :
- Qu'est-ce qui se passe, Alban ? Et qu'est-ce qui t'a mis dans cet état ?
Alban sort un mouchoir de sa poche, il le mord rageusement et murmure :
- Je ne peux rien vous dire devant ce môme, l'abbé ! C'est trop personnel, mais si nous sommes seuls, je vous raconterai tout !
L'abbé me prend par le bras et murmure :
- Jérôme, retourne à ta place, et pas un mot de tout cela à personne !
Je regagne mon siège. A travers le rideau j'aperçois les gyrophares de voitures de police ou de pompiers, je ne sais pas.
Je me garde bien de le soulever. Je me recroqueville prudemment sur mon siège et me carre contre l'épaule de Maximilien que j'ai le plaisir à retrouver comme un oreiller familier.
J'essaie de resituer Alban, et peu à peu les souvenirs me reviennent.
Il y a cinq ans, quand je suis entré à la chorale, il faisait partie de l'équipe des grands.
J'avais huit ans à l'époque, et je me souviens que sa voix de basse m'impressionnait.
Il s'occupait bien de nous autres, les petits, quand nous partions en tournée, mais il avait quelquefois des
répliques un peu vives à l'égard de l'abbé, et je crois que c'est à cause de cela que leurs rapports se sont aigris et qu'il a finalement quitté nos rangs.
Ces sortes de choses nous passaient un peu au dessus de la tête, à nous, les plus jeunes, mais nous en glanions tout de même quelques échos, par ci, par là.
C'est ainsi que j'avais entendu certains des grands, après le départ d'Alban, mettre sa nervosité sur le compte de problèmes familiaux qu'il aurait eus. Ce qui, sans l'excuser, aurait permis d'expliquer son comportement.
Notre car va-t-il bientôt repartir ? J'entends des éclats de voix à l'extérieur. Va-t-on voir surgir la police par la portière qui est à l'avant à droite du chauffeur ? Mon coeur bat à coups redoublés. A la fin, un long coup de sifflet strident met fin à cette attente angoissante.
La voie est libre ! Les petits chanteurs à la croix de bronze peuvent poursuivre leur route. J'entends avec
soulagement Michel passer ses vitesses. Notre car redémarre. Je me détends peu à peu, et tandis qu'il prend
de la vitesse, j'en déduis que nous avons quitté la ville et je finie par sombrer dans une douce somnolence.

Coups de feu sur la croisette

Je revis notre tournée de l'année dernière sur le Côte d'Azur.
Une promenade de rêve. Au lendemain de notre concert à Juan-les-Pins, dans une charmante petite église nichée dans un parc au milieu des palmiers, je nous revois, Maximilien et moi, nous baignant sur la plage des Corsaires, puis faisant une coursee en pédalo avec les enfants des familles qui nous hébergeaient.
Comme nous avions ri, en nous éclaboussant de cette eau bleue comme le ciel et transparente comme du
cristal. Nous avions bien profité de notre jour de repos dans cette station, arpentant la plage jusqu'à Golfe Juan
où nos amis d'un jour avaient tenu à nous montrer le débarcadère où Napoléon mit pied à terre à son retour de l'île d'Elbe, avant d'entamer sa fameuse épopée des Cents Jours.
Le soir nous chantions à Notre Dame du Bon Voyage à Cannes, et après-cela, comme la nuit était douce, nous nous étions promenés un moment avec l'Abbé sur la croisette, le long de la mer bruissante où se reflétaient les millions d'étoiles qui brillaient dans le ciel. Nous étions éblouis par les façades des palaces illuminées, par les arbres exotiques qui s'élançaient au dessus des parterres fleuris et balançaient lentement leurs palmes dans le halo des projecteurs. Nous avions l'impression de nous promener dans un décor de théâtre.
Et puis soudain, je ne sais pourquoi, mon rêve bascule brusquement dans la violence.................à suivre.....

# Posté le samedi 11 avril 2009 11:03
Modifié le dimanche 12 avril 2009 03:15